BILLET D’HUMEUR
Nous constatons que beaucoup d’agents des routes ont perdu le sens de leur métier. Cela est vrai depuis l’intégration des ponts et chaussées au sein de la fonction publique territoriale.
Lorsque je suis rentré au sein de la DDE, le technicien qui m’a accueilli ma dit (je m’en souviendrait toujours et il le répétait à chaque nouveau arrivant): ” Bienvenue au sein du corps des Ponts et chaussées“. Faire corps a du sens. Il me dit ensuite “Tu es un maillon d’une longue chaine qui, depuis Louis XI, a traversé des monarchies, des révolutions, des empires, des républiques… Il y a eu des haut et des bas. Ton objectif est que les routes, les ouvrages que l’on te confie soit dans le même état, voir un meilleur état lorsque tu nous quitteras“. Il rajouta: “Tu n’es pas au service du public mais de l’espace public“. En outre, il m’expliqua: “Lorsque tu face à une décision, applique les préceptes de Vitruve (grand architecte Romain). Poses-toi quatre questions.
- La première est, est-ce que tu fais est utile ? C’est la raison pour laquelle, connais bien les règlementations, les normes et le sens de ces normes c’est-à-dire le pourquoi.
- La deuxième est, est-ce que tu fais est solide ? Il ne s’agit pas de mettre un panneau stop qui va tomber dès que tu auras le dos tourné.
- La troisième est, est-ce que tu fais est beau. Ne me met pas un panneau “dégueulasse”. C’est l’image de notre métier qui est en jeu.
- La quatrième est: est-ce que tu peux le faire en toute sécurité pour toi et les usagers ? Si tu ne peux pas appelles ton chef.”
Il avait tout résumé et donné du sens.
Il me dit enfin: “Ne soit pas fainéant, ni feignant, mais paresseux.” Je l’interrogea sur la différence. Il me répondit: “Fainéant vient de faire néant, c’est-à-dire ne rien faire. Feignant vient de feindre, c’est-à-dire faire semblant de faire. Pour le paresseux il fait son travail mais en dépensant le moins d’énergie possible c’est-à-dire avec intelligence“. Tout était dit enjoins de cinq minutes.
La première chose qu’a oeuvré le Conseil départemental de la Vendée, lorsqu’il a absorbé, la DDE a été de casser la culture des Ponts et chaussés pour imposer la sienne: celle du loyalisme à l’autorité sous couvert du mérite.
Les agents ne devaient plus se poser de questions, mais exécuter et dans le doute: “est-ce que ça va plaire au chef ?” ou “combien cela va coûter ?” sans savoir véritablement les prix. Beaucoup des agents des Ponts et chaussés sont partis. Les agents des routes sont pour beaucoup perdus: plus de cap, ni de route. Le mal-être est là, profond et bien ancré. Nous constatons avec l’expérience que le réseau indéniablement se dégrade, les mensonges de la post-vérité et cette impossibilité d’agir qui pousse à baisser les bras. C’est cette gestion par l’efficience et la résilience que la CGT CD85 dénonce depuis des années( “Y’a qu’a“; “faut qu’vous“; “Si tu n’es pas content tu dégages“…) C’est la décadence. Une décadence voulu et encouragée par les politiques. Une décadence rapide (moins de vingt ans). Nous n’arrivons plus à dégager les routes au moindre froid. Beaucoup pensent à Sidoine Apollinaire spectateur de la chute de l’empire Romain.
À noter que j’ai une pensée particulière, chaque matin quand je prend mon poste, à celui qui m’a dit ces parôles, qui les avaient reçu lui-même, de ses prédécesseurs. Après l’intégration des ponts et chaussés, il est tombé en dépression, la collectivité l’a “humilié”, “piétiné”, “cassé”. Nous avons constaté le sort réservé à ceux qui s’opposaient à la soumission. Il est tombé en dépression. Il s’est suicidé. Merci JC P.
Le PAM


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